Quand Rania cause...

Quand Rania cause...

Et un jour, j'ai porté le voile...

 

 J’avais 23 ans.

 

J’allais changer de vie.

Je ne savais pas trop ce qu’elle allait me réserver, j’oscillais entre mes études de com et de ciné et mon job de télé-conseillère pour une société de télécoms.

Je savais juste que j’allais me marier l’été d’après, avec un homme que j’avais choisi.

Un homme de là-bas.

 

Comme une parenthèse, un certain flottement à un certain moment de notre vie, qui nous isole inconsciemment mais que souvent, on recherche.

A la recherche de notre moi.

 

Je me suis mise à aimer Dieu très fort, à me ressourcer auprès de lui et ça m’a fait du bien.

 

Dieu, on en parlait parfois à la maison mais ce sujet était loin d’être une obsession.

On y croit fort, on agit bien autour de nous et avec notre prochain. On donne beaucoup, du temps et de l’amour, de cette générosité qui se fait rare de nos jours.

 

Mon modèle en islam, c’était mon grand-père, ce sage habillé de sa douchdecheh blanche.

 

Il avait la voix douce et des paroles bienveillantes.Toujours dans le conseil, jamais dans l'obligation.

 

Il se levait très tôt le matin pour prier le fajr (prière du matin) et ma grand-mère s’affairait déjà aux aurores pour préparer le petit déjeuner de son homme.

Souvent du fromage blanc, du zaatar, de l’huile d’olive, de la tomate, du concombre et un ou deux verres de thé.

 

J’aimais  m’assoir près de lui et écouter ses histoires.

 

Un jour, je lui ai demandé de m’apprendre à prier.

Il a d’abord commencé à m’apprendre à faire les ablutions.

Je m’exécutais avec plaisir. Sauf quand il me renvoya cinq fois me relaver les pieds ! Il jouait avec moi et me taquinait, et ça, j’adorais !

 

C’est donc des années plus tard, que je décidais de porter le voile. Pourquoi, je ne sais pas.

 

Cela avait rendu malade ma mère, femme musulmane, certes, mais coquette avant tout et pour qui se couvrir la tête relevait de l’impensable.

Elle ne me comprenait pas, moi, la jeune fille pleine de vie, rigolote, très portée sur la mode et le monde artistique.

 

Mais elle m’a laissée faire. Et elle a bien fait.

 

Je l’ai donc mis ce voile, et je cachais de façon très maladroite ma longue chevelure dont j’étais si fière.

 

J’allais et venais dans Paris avec mon voile qui parfois glissait et que souvent, j’ajustais.

J’évitais de croiser le regard des gens par peur de tomber sur certains réprobateurs.

Mais j’assumais totalement mon choix et ne le regrettais pas.

L’ignorance, c’était ma force.

 

Un jour, j’ai pris l’avion pour retrouver mon futur.

 

Il m’a accueilli, m’a regardé avec tendresse. Il m’a dit que mon choix était beau mais que je n’étais pas obligée.

 

Bien sur que je ne l’étais pas. Personne ne m’y a obligé : ni père, ni mère, ni mari, ni communauté.

 

J’en avais juste envie.

 

Et puis de sa main, il a tiré sur le nœud mal attaché de mon voile et l’a fait tomber sur mes épaules.

J’ai laissé faire.

Je n’étais surement pas prête en fait.

Je suis une femme de conviction, et au final, mon voile n’en n’était pas une.

 

Mais je l’ai porté.

Un mois.

Et je ne me suis pas sentie oppressée, ni dénuée de liberté.

Je l’ai aimé.

 

Peut-être, qu’un jour, je le reporterai, qui sait ?

 

Oui, je suis une fille originaire de là-bas et musulmane.

Musulmane et française.

Donc une femme libre.

Libre de penser, d'agir et de choisir.

Libre de moi.

Avec ou sans voile.

 

 LIBRE!

 

 



15/01/2016
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