Quand Rania cause...

Quand Rania cause...

La Fusée

 

Je m’appelle Ahmad. J’ai dix ans. Je suis né à Gaza.

 

Comme tous les enfants de mon âge, je vais à l’école. Mon école est originale : le plafond est à moitié cassé et y’a des trous sur les murs et le tableau.

Ça ne me dérange pas car à travers les trous, je suis la lumière et je rêve encore plus loin.

 

Et puis, j’ai jamais su vraiment ce que c’était une vraie école comme on voit à la télé.

Avec mes frères, on a inventé un jeu pour deviner combien de temps la télé tiendrait avant qu’elle ne s’éteigne de nouveau. En général, je gagne.

C’est moi le plus fort ! C’est rigolo.

 

Hier, on n’a pas eu la télé de la journée. Cela ne nous a pas dérangé, on est habitué au système D.

C’est maman que cela embête et elle se met à insulter les colons de tout son cœur comme s’ils allaient l’entendre !

 

Parfois, elle parle à Allah en levant les mains vers le ciel. Souvent, j’ai envie de lui dire que déjà, qu’on n’a pas d’électricité, alors la wi-fi vers là-Haut…

Là-Haut… En ce jour sans télé, j’ai eu envie de fabriquer une fusée. J’ai trouvé l’idée géniale !

 

Je suis sorti comme une furie et sans prévenir maman (trop occupée de toute façon à allumer les bougies), à la recherche de mon matériel de construction.

 

Pas des Lego. Non. Y’ en n’a pas chez nous.

On m’a dit qu’il y en avait là-bas, là où il y a la mer et les lumières même la nuit.

Connais pas…

 

Sur mon chemin, j’ai récupéré des boites de conserve, des bouts de ficèle et un reste de pétard.

 

Je crois que c’était la plus belle fusée que j’avais construite de ma vie (et la seule).

Je me disais que je pourrais y mettre les messages de maman et que cela arriverait enfin à destination.

 

J’étais super fier !

 

Les copains et les petits voisins sont venus assister au décollage de mon engin.

J’avais la boule au ventre ! Fallait que ça aille haut, très Haut !

 

Ils frappaient des pieds et des mains : « Yallah Abu Hmed !!! » qu’ils me disaient !

J’ai ordonné le silence. Ces dizaines de petits yeux étaient plus excités que moi encore.

 

De mes mains tremblantes, j’ai cherché les allumettes au fond de ma poche presque trouée, elle aussi, à l’image de mon école.

J’ai respiré bien fort. Je n’ai expiré qu’une fois la petite mèche allumée.

 

Et elle s’est envolée. Loin… Et très haut.

 

Et elle a disparu.

 

On s’est regardé, hagards. Mais où était-elle passée ?

On l’a cherchée partout mais impossible de la retrouver ! Et j’ai senti une larme, sur ma joue, couler.

 

Et d’un coup…

 

Plein de feux d’artifices au-dessus de nos têtes !

C’était énorme ! On était en plein jeu-vidéo !

 

Je regardais vers là-haut, la bouche ouverte.

 

J’avais jamais vu autant de Lego tomber du ciel ! Des Legos géants !

 

Et les feux d’artifices continuaient d’exploser. Dix, vingt, trente, quarante, cinquante feux d’artifice !

 

Je suis tombée par terre, écrasé par un Lego géant.

 

J’ai tenté un léger râle. J’avais même plus la force pour jouer avec. Le comble!

 

C’était en août 2016, je crois…

 

En tout cas ce qui est sûr, c’est que c’est fini : je ne ferai plus jamais de fusée.

 

gaza5.jpg

 

 



23/08/2016
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Politique & Société pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 56 autres membres