Quand Rania cause...

Quand Rania cause...

Le Pantin

Et tel un mauvais film bollywoodien, je suis tombé à la renverse.

 

Au ralenti.

 

D'abord, ma bouche qui a fait une grimace abominable.

Puis mes longs bras fluets qui se sont balancés lâchement dans tous les sens.

 

Mon tronc qui s'est affaissé tout droit mais inexorablement tel un immeuble qu'on avait décidé de détruire avec plein de dynamites dedans.

 

Mon tronc s'est affaissé, len-te-ment, pour finalement toucher le sol poussiéreux.

 

Et mes pieds se sont même demandé comment ils avaient pu, d'un coup, devenir les voisins, les si proches voisins de mes épaules.

 

C'était la première fois qu'ils se rencontraient de si près.

Mes membres eux-mêmes en avaient été étonnés.

 

Alors, j'étais là.


Je ressemblais à un pantin, allongé par terre dans une position improbable.

 

Je sentais une odeur qui me répugnait mais qui m'était familière.

 

Je ne pouvais plus bouger, mais je sentais mon corps mouillé. 
Très. 
Mouillé.

 

L'humidité sortait de moi. Je la sentais.
Ça sortait beaucoup et ça me mouillait beaucoup.

 

Alors, dans un effort surhumain (je ne me sentais plus humain. J'étais devenu un pantin), j'ai bougé ma nuque vers la gauche et j'ai vu la terre de Palestine mouillée de rouge.

 

C'était Mon Rouge. J'avais compris. 


C'était mon tour. J'avais arrosé ma terre de Mon Rouge pour y semer des graines de Nous.

 

Fierté et peur.

 

Je suis fier que Mon Rouge coule en toi ma Palestine, mais pardonne moi d'avoir peur. Je n'ai que treize ans après tout et j'hurle.

 

De peur et de douleur.

 

-Yammaaaaa ! !
-Yabbbaaaaa!!
-Ya Allaaaaah!
-Aidez-moi!

 

Eux, dans leur uniforme que je connais trop bien, ils me regardent de ce regard plein de haine et de dédain.

 

Impassibles...

 

Ils ne me veulent pas en vie, je l'ai compris.

 

Et lui, il me regarde.
Il vocifère des horreurs mais je ne peux boucher mes oreilles, les fils qui manipulaient mes mains ont été coupés.

Il me tourne autour à l'instar d' une hyène qui se demande par quel bout elle va me mordre en premier.

 

Il postillonne des bombes, il crache des balles.

 

ahmad.jpg

 

C'est mon cœur qu'il veut atteindre mais je t'aime tant Yamma.


Toi.

Mon rempart.

 

Je suis de plus en plus mouillé et le sol poussiéreux a fait place à une flaque rouge.

 

C'est Mon Rouge Yamma. 


Donc, le tien aussi. Et celui de Djedeti aussi. Et de sa mère aussi.

 

Je ne l'entends plus.


Je revois dans ma tête immobile, ton doux visage qui m'a donné la force de ne plus l'entendre.

 

Le pauvre...

S'il savait...

 

Mon Rouge a arrosé ma terre. 


Ici, il y poussera des fleurs. Ou d'autres comme nous.

Je me relèverai Yamma. 


Je ne suis pas un pantin.
Je suis... Palestinien!

 

 

Hommage au jeune Ahmad Manasrah.

 

 



29/12/2015
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