Quand Rania cause...

Quand Rania cause...

Quand Facebook se positionne sur Tel Aviv Sur Seine

 

Un évènement tenu secret.

Le 13 août dernier, la mairie de Paris organise un « Tel Aviv Sur Seine », évènement mettant à l’honneur la capitale d’Israël d’après le droit international.

L’évènement, bien qu’annoncé officiellement à peine une semaine avant le jour J,  est « découvert » officieusement sur les réseaux sociaux.

En effet, c’est sur le site « coolisrael.fr », (site communautaire parlant de sorties, évènements culturels, sportifs, revues de presse, cuisine, people, etc… en rapport avec Israël) que Tel Aviv Sur Seine est d’abord annoncé.

 

C’est alors que commence un jeu de cache cache entre la mairie de Paris et les citoyens offusqués par la nouvelle.

Ils dénoncent un événement indécent mettant à l’honneur un pays qui s’assoit sur le droit international, responsable entre autre, du blocus de Gaza, de la mort il y a un an de 2200 personnes dont au moins 500 enfants, d’emprisonnements arbitraires et d’exactions au quotidien.

 

À ceux qui appellent le standard de la mairie afin de savoir si l’info est un hoax ou non, les télé-conseillères bien formées, répondent qu’« Il n’y a aucun événement méditerranéen prévu à cette date » ou que « Oui, c’est un canular ».

C’est sans compter sur la maladresse de l’une d’elle, qui lâche d’un ton enthousiaste un : « Oui, oui ! C’est prévu ! » pour finalement se raviser, se rendant compte de son erreur et dire : « C’est à confirmer ».

 

Les militants pro-palestiniens se mobilisent et les pro Tel Aviv sur Seine ripostent grâce à Facebook.

Mais c’est trop tard. La machine est lancée et une page événement Facebook « Contre Tel Aviv » est créée le jeudi 6 août.

En moins de 24 heures, la page réunit 1800 participants, prêts à se mobiliser le 13 août contre l’évènement « secret » d’Anne Hidalgo.

 

Et c’est là que Facebook intervient : la page est supprimée sans condition, sans aucune explication.

 

Dans la foulée, les administrateurs de la page voient leur compte Facebook personnel bloqué. Le réseau social demande à certain de scanner leur pièce d’identité afin de pouvoir le récupérer.

 

Qu’à cela ne tienne : une nouvelle page évènement « Contre Tel Aviv sur Seine » est recréée le vendredi 7 août. Elle rassemble cette fois plus de 3800 participants au 10 août.

Jusqu’au 10 août seulement car Facebook supprime à nouveau la page, toujours sans aucun motif ni explication.

Le message des administrateurs de la page était pourtant clair : « Toute personne violente ou provocatrice, aux actes et aux propos déplacés, se désolidarisera d’elle-même de cette initiative. Peace & Love ».

 

Le compte personnel des administrateurs est supprimé.

On demande à l’un d’entre eux d’identifier ses contacts FB un à un s’il veut le récupérer.

Acte de dénonciation évidente : il refuse et renonce à son compte.

 

Les militants ne tenteront pas de créer la page une troisième fois, le message est passé  et le contre évènement à Tel Aviv sur Seine est  relayé sur Twitter.

 Le mouvement est même repris et analysé par les medias.

 

La polémique a pris une tournure et une ampleur telle, que Nicolas Vanderbiest l’analysera dans un article pour Rue 89 à coup de cartographies. Celui-ci n’hésite pas à nommer les comptes des twittos « meneurs ».

L’article reçoit près de 42 000 visites et est partagé plus de 8 000 fois.

 

Coïncidence ? Le compte Facebook de personnes citées dans l’article est attaqué.

Parmi eux, un élu Front de Gauche, fondateur de l’association « un Œil sur la Palestine ».

 

De  faux comptes Twitter proches de la LDJ (Ligue de Défense Juive) narguent les personnes concernées, dont NnoMan, artiste militant, co-fondateur du « Collectif Œil ».

NnoMan s’est vu demander par Facebook de scanner sa carte d’identité.

En réaction, il déclare sur sa page artiste Facebook : « Bonjour à toutes et tous, voulant dissocier ma vie perso et ma vie professionnelle et militante, je ne souhaite pas donner mon nom sur Facebook ».

 

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Pour justifier cela, nous savons très bien que Facebook brandira la carte du règlement du réseau (et les méthodes du réseau social ont souvent été contestées) : sous couvert de transparence, il encourage les internautes à dénoncer tout compte utilisant un pseudonyme.

 

Là où Twitter donne entière liberté à ses utilisateurs à posséder un ou plusieurs comptes avec chacun un pseudo différent, Facebook joue au garde fou quitte à empiéter sur la vie privée des internautes.

 

Mais qu’en est-il vraiment?

 

 

Pourquoi Facebook a-t-il été si réactif quant à la suppression de la page du contre évènement alors que plusieurs pages ouvertement racistes ou encore, listant des noms, photos, adresses de militants dans le but de les harceler (comme la page ORA) mettent en moyenne plus de trois jours avant d’être fermées ?

 

Facebook a-t-il fait sauter les pages « Contre Tel Aviv sur Seine » ainsi que les comptes de militants pro-palestiniens, appuyant ainsi une politique pro-israélienne ?

La mairie de Paris a-t-elle demandé la suppression de la page ?

Facebook aurait il simplement jugé la page allant à l’encontre de ses « Standards de la Communauté » suite à des signalements fondés ou non d’internautes pro Tel Aviv sur Seine ?

 

De toute évidence, le flou autour de ce sujet démontre deux choses :

 

  • Oui, Facebook piste et collecte des informations personnelles sur ses utilisateurs et la destination finale de ces données restent, à ce jour, bien douteuses.
  • Oui, Facebook est loin de n’être qu’un simple réseau social et joue, à l’évidence, un rôle foncièrement politique.

 

 



20/08/2015
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